Me voilà dans un taxi, sous la pluie. Je n’ai pas idée de ce que j’y fais, pourquoi je pars, où je vais… A vrai dire, je ne sais même pas quelle tête je me paye. Et puis il y a ce chauffeur qui me pose toutes ces questions. Enfin, on arrive chez moi, à "Hinata". Arf, j’ai d’horribles couettes roses avec une sorte de crête. ..
Et un de plus chez Nintendo !
Une suite ? Une simple reprise ? Penchons-nous sur le cas d’Animal Crossing: Wild World, sorti sur DS le 31 mars 2006.
Animal Crossing, pour ceux qui ne connaîtraient pas, c’est ce jeu, sorti une première fois uniquement au Japon sur Nintendo 64 en 1999, sous le titre Dobutsu No Mori, en 2000 en Amérique du Nord en tant qu’Animal Forest, puis sur Gamecube, dans nos contrées, à l’automne 2004, et qui proposait de vivre une expérience unique de « vie parallèle ». Ce titre au concept novateur basé sur une absence totale de scénario, a peut-être motivé Nintendo à lancer des jeux tous plus audacieux les uns que les autres sur le vieux continent : Nintendogs, Project Rub, Phoenix Wright : Ace attorney, ou encore Trauma center et autres jeux de cuisine... Qui aurait cru voir débarquer ces petits chats, singes et ratons laveurs dans un monde vidéo ludique où être un « gameur » s’apparentait de plus en plus à jouer à des jeux de caisse, gangster ou guerre (au choix) ? Choix audacieux, mais choix pertinent. Car il faut bien l’avouer, l’expérience fut plutôt réussie.
Ah… passer son réveillon en solo devant le feu d’artifice sur le lac…
« Je vous ai compris »
Qu’apporte la version DS ? Des petites améliorations, par-ci par-là, qui finissent vraiment par donner une nouvelle saveur au jeu. Passée la première heure, où l’on découvre un peu déçu que de nouvelles aventures ne nous attendent pas vraiment, on commence à remarquer ces petits trucs qui font la différence.
Graphiquement, le portage DS est une réussite. L’aspect « mini planète » que donne la surface du sol incurvée est des plus agréables et assure une grande fluidité dans les déplacements. La maniabilité au stylet, même si elle ne révolutionne pas la chose, facilite grandement les déplacements, les contacts avec les animaux et la navigation dans les menus, mais surtout, écrire une lettre ne relève plus du défi… Le double écran est correctement mis à profit. En extérieur, l’écran du haut est occupé par le ciel, donnant lieu à un certain nombre d’interactions. Vous pourrez par exemple admirer les constellations que vous aurez vous-mêmes crées dès la tombée de la nuit. Il faut cependant se contenter d’un écran noir lorsqu’on rentre dans un bâtiment. Le système de sauvegarde a quant à lui été considérablement amélioré. Plus besoin de taper la discussion avec son gyroide, on peut sauver et quitter quand bon nous semble.
Globalement, on retrouve bien vite ses petites habitudes, et l’on n’est pas dépaysés malgré la nouvelle disposition de notre village. Les développeurs ont gardé le meilleur, amélioré quelques petits défauts et rajouté des bonus. Tom Nook règne toujours en maître sur la ville, agrandissant son magasin au gré de nos achats. On retrouve également Tortimer, Opélie, Elizabec, Thibou, Maret et Chausset… Tous ont plus ou moins pris du grade avec cette nouvelle version. Plus de police à Animal Crossing. Les débordements étant finalement limités, et voilà Marret et Chausset mutés comme gardiens des portes de la ville (fonction primordiale sur laquelle nous reviendrons). Chacun d’entre eux garde pourtant ses prérogatives : point info, objets trouvés, que du bonheur.
Le musée s’est également refait une beauté, incluant un bar/salle de concert digne de ce nom, pour un Kéké Laglisse en grande forme, et un observatoire. On retrouve avec plaisir Opélie (et même Elizabec allez…) qui peut maintenant se vanter de travailler à la mairie de la ville : poste, banque, dons aux nécessiteux, renseignements sur l’environnement de la ville (et oui, c’en est fini de la fontaine parlante), … C’est également ici que l’on viendra déposer ses déchets.
L’une des principales remarques qui vient à l’esprit en jouant, c’est le développement des rapports avec les animaux peuplant le village : ils sont un peu plus vivants, plus indépendants, plus « réalistes ». Les occasions d’interaction ont été multipliées. Tout cela contribue à créer un univers irrésistiblement cohérent. Il n’est plus possible de quémander un petit job au détour d’une conversation, chaque animal nous demandera de lui même si l’on peut par hasard apporter cette lettre au voisin en moins d’une heure… Quel bonheur d’entendre sa voisine demander si elle peut venir visiter sa maison, et convenir ensemble d’une heure ou la recevoir. Quel bonheur aussi de pouvoir promener sa petite ville partout avec nous histoire de ne pas rater un évènement. Quel bonheur enfin, lorsqu’un nouvel arrivé emménage, de le voir perdu au milieu de ses cartons qu’il souhaite déballer avant de commencer à discuter. On croise aussi fréquemment des animaux de passage, un docteur un peu dérangé, le chat sans visage, un mystérieux assureur, ainsi que les incontournables Porcella, Rounard, Astrid, Morsicus… ce qui amène un petit côté imprévisible, mais qui donne aussi envie d’être tout le temps là… au cas où… Et c’est là que la version DS frappe un grand coup. S’il n’était pas bien évident de se balader avec son Cube sous le bras, toutes les folies sont en revanche envisageables avec la portable !
Les journées sont donc bien chargées dans notre nouvelle ville. Les dettes astronomiques que l’on accumule au gré des agrandissements de notre maison (et ils seront nombreux !) donne l’occasion de se créer un certain nombre d’activités plus ou moins lucratives, pêche et cueillette en tête.
Va voir ailleurs si j’y suis
Bon, je vous vois venir… le mode online !
Il faut bien l’avouer, dans Animal Crossing premier du nom, on finissait par tourner cruellement en rond, à ne plus attendre que les changements de saison, histoire de pêcher autre chose que des vandoises… Et bien ça y est, le monde s’offre à vous. Enfin, sur le papier. Car en réalité, c’est un peu plus compliqué. Chez Nintendo on ne parle pas aux inconnus, mais surtout on veut éviter à tout prix qu’un inconnu ne débarque et saccage des heures de notre dur labeur. Vous ne pourrez donc visiter les villes que des personnes avec qui vous aurez échangé votre code ami. Plus encore, il faudra que la personne vous ouvre ses portes et accepte de vous recevoir, ce qui sous entends une ponctualité sans faille. Et cela fonctionne plutôt bien, malgré quelques petites déconnexions de temps à autres. Il n’en reste pas moins que le mode apporte vraiment quelque chose, un quelque chose qui pourrait même faire basculer les plus dubitatifs d’entre nous… Ainsi, pour préparer leur visite, certains irons faire un petit tour chez le coiffeur du coin, tandis que d’autres agrémenteront ingénieusement leur tenue grâce à la multitude d’accessoires qu’il est possible de collectionner en se rendant chez les Sœurs Doigt de Fée. On regrettera quand même l’absence d’un chat « vocal ». Cependant, aller dans un autre village, et pouvoir modifier les annonces du panneau (petite précision : bon nombre d’insultes sont censurées, bien qu’il soit aisé de contourner la subtilité), chatter tranquille en pêchant entre potes, s’échanger des fruits, des objets… c’est quand même quelque chose.
Nintendo écolo
N’est ce pas là un point essentiel de l’esprit Animal Crossing ? Certes, on passe son temps à chercher à assouvir ses besoins de consommation en achetant les tous derniers meubles de chez Tom Nook, mais le soft nous propose à petites doses, des notions de civisme et d’écologie. Vivre dans un monde peuplé d’êtres tous aussi différents qu’attachants, planter des arbres, des fleurs, les choyer en les arrosant, arracher les mauvaises herbes, vivre au rythme des saisons, pécher, attraper des insectes, débarrasser la rivière de tous ces objets polluants, montrer toutes les merveilles de cette nature en les exposant au musée… finalement, c’est ça la vie à Animal Crossing. Le soft n’a rien perdu de son esprit, et si l’idée de n’avoir ni début ni fin, ni challenge, ni quêtes épiques autre que de remplir les aquariums de votre musée ou d’acheter tous les meubles « fruit », passez votre chemin sans regrets. Animal Crossing a déjà trouvé son public, et Nintendo l’a bien compris, en lui offrant en retour une bien jolie nouvelle version.