Capcom est l'un des spécialistes du beat-them-all. De Final Fight à Alien vs. Predator, l'éditeur a donné ses lettres de noblesse au genre. Après les années 90, la 3D a sonné le glas de cette forme très arcade du plaisir vidéo-ludique : il a été remplacé par le genre action/aventure dans lequel Capcom s'est illustré avec Devil May Cry et Onimusha. Mais les histoires d'amour ne finissent pas toujours mal. Pour preuve, l'éditeur japonais a produit en 2003 Viewtiful Joe, le revival du beat-them-all. Nous mettant dans la peau de l'adolescent Joe, un super-héros en costume rouge, cette série prouve qu'il y a encore de nouvelles voies à exploiter dans le genre.
Joe must go on !
Après une suite dispensable et un Smash Bros like brouillon, Viewtiful Joe débarque sur DS. Le vieil héros bedonnant nommé Captain Blue a encore besoin de Joe : l'organisation Madow a volé la pellicule de son dernier film ! L'adolescent, accompagné de sa sœur Jasmine, se lance à leur poursuite. Voilà prétexte à une nouvelle aventure survoltée : Viewtiful Joe : Double Trouble !
L’univers du jeu n'a pas changé. Pour les incultes, je le définirai comme un patchwork, un mélange improbable de comics, sentai (série de super-héros japonais à la Bioman) et gothique. Evidemment, le soft est plus pixellisé, plus aliasé et moins coloré que les versions de salon. Cependant, le cell-shading reste joli, les effets toujours aussi impressionnants et les ennemis variés et encore plus plaisants à battre.
Il faut obéir, toujours obéir !
Joe est un personnage très charismatique et maniable. Il est capable d'effectuer facilement des combos très classes. Après chacun d'eux, le joueur est noté selon le timing et le nombre de coups enchaînés. Plus les performances sont impressionnantes, plus il gagne d'argent. Pour faire le meilleur score, Joe possède plusieurs attaques assignées aux différents boutons. Malheureusement, on ne peut pas mélanger coup de poings et coup de pieds. Pour les habitués des premiers épisodes, c'est un peu frustrant.
Quand Joe est touché par un ennemi, sa barre de vie diminue et il peut la faire remonter en ramassant la nourriture qu'il trouve sur son chemin. Régulièrement, le joueur est invité à faire un tour au magasin. Grâce à l’argent accumulé, il peut y faire le plein de vies, acheter de nouvelles techniques ou armes.
Comme dans beaucoup de beat-them-all, Joe doit affronter un boss à la fin de chaque stage. Les fans de la série remarqueront l'absence des excellentes épreuves bonus de shoot-them-up. A la place, on se retrouve dans la peau de Jasmine pour des combats sans grand intérêt.
Heureusement que dans ses moments-là, la musique dynamique vient rythmer l'action. D'ailleurs, les voix digitalisées et les bruitages sont réussis. En terme d'ambiance, le monde parodiant Resident Evil est l'un des meilleurs.
Généralement, les beat-them-all n'ont qu'un mode de difficulté dont le niveau est très élevé. Ici il y en a 2 : le facile nommé "Kids" et le plus difficile appelé "Adults". Bien entendu le premier ne pose pas de problèmes. Le second quand à lui, est réservé à ceux qui sont prêts à recommencer une dizaine de fois une épreuve pour la réussir.
Henshin a go go baby !!!
Durant la partie, Joe apparaît sur les deux écrans. L'écran tactile nous permet d’interagir avec lui, tandis que l'autre se contente de zoomer sur l'action. Sans doute pour éviter des problèmes liés au frame-rate, seuls 2 et parfois 3 ennemis sont affichés simultanément.
Du coup, moins d'action, mais plus d'énigmes et de plate-formes. Pendant les combats, le joueur est souvent amené à sauter pour échapper à la lave qui monte ou au sol qui s’effondre. On apprécie alors particulièrement les énigmes qui succèdent à ces moments-là.
6 pouvoirs sont à la disposition de Joe afin qu'il puisse résoudre ces petites devinettes ou se débarrasser de ses ennemis plus facilement. Les voici :
Le premier, "Slow", est un classique de la série. Il permet de ralentir le temps pour par exemple éviter les balles de revolver et les coups ou ralentir les hélices d'un hélicoptère afin qu'il s'écrase à terre. Autre exemple : certains ennemis tournent sur eux-même si vite qu'il est impossible de les atteindre. Avec ce pouvoir, on peut diminuer leur vitesse et ainsi les battre. De plus, en ralentissant le temps, les coups de Joe deviennent encore plus destructeurs.
Le deuxième pouvoir nommé "Scratch" est très utile lorsque le joueur est entouré d'ennemis : une fois activé, il suffit de gratter au dessus des assaillants pour que des casseroles et des pierres leur tombent dessus. Ce pouvoir peut aussi trouver son utilité lorsqu'un rocher bloque le chemin. En le frottant avec le stylet, il se décale jusqu'à tomber pour libérer le chemin.
Le pouvoir suivant, appelé "Split", coupe l'écran en deux dans la longueur. Il est alors possible de faire glisser la partie supérieure. Par exemple, cela permet d'éteindre un feu en plaçant un robinet au-dessus.
Le quatrième pouvoir est le "Slide". Il tire son nom du fait que lorsqu'on l'utilise, les deux écrans s’inversent. Joe devient alors plus puissant.
En utilisant "Touch" lorsque "Slide" est activé, il est possible d'attraper les objets du second plan jusqu'alors inaccessibles ou d'activer des interrupteurs.
Evidemment, ces 6 pouvoirs ne sont pas utilisables à volonté. Une barre nommée VFX, représentée par un micro-film, vous empêche d'en abuser. Lorsque l'un des cinq est activé, la barre se vide. Après utilisation, elle se re-remplit. En progressant, Joe récolte des « V-point » qui agrandissent cette barre.
Lorsqu'elle est suffisamment longue, la possibilité de combiner deux pouvoirs non complémentaires s'offre au joueur. Il est alors possible de faire des combos tout bonnement monstrueux. Le mélange du "Slow" et du "Slide" augmente incroyablement la force de Joe le rendant quasiment invincible. Enfin… pour quelques instants seulement, car ces fusions mangent très vite la barre VFX.
Que celle-ci soit vide ou pleine, Joe dispose, en plus de ses pouvoirs, de l'incroyable don d'anticipation. Si un ennemi veut le frapper, une tête de mort apparaît et vous indique où. Il suffit alors de se baisser ou de faire un petit bond pour esquiver. Une fois ceci fait, l'adversaire sera dans les vapes et un bon coup avec le pouvoir "Slow" l'enverra valser cent mètres plus loin.
Let's Rock, baby !!!
Avec ses enchaînements fous et si classes, ses héros excentriques et ses ennemis ridicules, il est dur de coller Joe à un univers original. Pourtant Capcom a réussi avec son patchwork, son effet cell-shading magnifique et ses effets 2D, 3D tout simplement envoûtants.
Finalement, Viewtiful Joe : Double Trouble ! s'adresse à plusieurs publics. Il plaira aux inconditionnels du beat-them-all et du "die and retry" mais aussi à ceux qui veulent se défouler dans un univers décalé.