Comme souvent, Nintendo est bon avec nous. Quand je dis "nous", je pense bien évidemment à nous autres, privilégiés de la presse vidéoludique et pas à vous, prolétaires affamés
d'informations. La première fois que nous avions pu goûter à cette générosité, c'était il y a quasi-exactement quatre ans. Après la présentation en grandes pompes de la Wii à l'E3 06, une séance de rattrapage avait été organisée à Paris pour tester Red Steel, Wii Sports et autres Zelda Phantom Hourglass entre six mois et plus d'un an avant le bas peuple. Rebelote cette année, après un E3 de folie pour la firme de Kyôto, qui invitait ceux d'entre nous n'ayant pas pu prendre de vacances à une petite présentation privée.
Wow, it's so deep!
S'il est évident que les prochaines années vont permettre aux journalistes en mal d'inspiration
de blinder leurs articles de titres aux allures de répliques de hentai, Nintendo n'avait étonnamment pas orienté sa présentation dans ce sens. But de cette petite demi-heure console en main : en mettre plein les yeux. Et ça marche.
La prise en main, tout d'abord, est particulièrement bonne pour un prototype aussi éloigné de la sortie du produit. Il faut dire que les consoles portables avec deux écrans, chez 'tendo, on commence à savoir faire. Au menu des nouveautés, se trouve sans conteste le joystick, placé au-dessus de la croix directionnelle et dont le feeling est particulièrement bon. Un mix entre bonne tenue sous le pouce (grâce à une forme enfin concave...) et précision. On apprécie de ne pas avoir à se tordre la main pour y accéder, alors qu'il est certain que la plupart des jeux s'en serviront. La croix perd forcément en facilité d'accès, sans que ce soit particulièrement problématique. La molette permettant de jouer avec l'effet 3D, située à droit de l'écran du haut, fait très bien son office, même si on remarquera que le retour en 2D amplifie le crénelage. De même, si on est au premier abord surpris par les tailles différentes des deux écrans, on s'y fait très vite et sans aucun problème. L'écran du bas, tactile, semble très proche de celui d'une DSL ou d'une DS Fat en surface, tandis que l'écran du haut, seul à afficher de la 3D, adopte un format large.
Une série de mini-clips nous est présentée. D'abord de simples vidéos pour rendre compte de l'effet 3D, fines mais finalement pas si convaincantes que ça, puis une série de faux extraits de jeu, calculés en temps réel par la console (la caméra est déplaçable), qui impressionne nettement plus. Défilent sous nos yeux ébahis, dans le désordre et j'en oublie, du Pikmin, du Mario Galaxy, du Kid Icarus, des statuettes type Smash Bros., du Mario Kart... Chacun y va de son préféré, melkor ayant particulièrement flashé sur Kid Icarus, moi sur Mario Kart... Dans tous les cas, la frustration de ne pouvoir jouer est à son comble tant la technologie semble aboutie. D'autant que graphiquement, le fossé avec la DS est énorme.
La véritable claque technique vient avec les vidéos successives de Metal Gear Solid et Resident Evil (la première durant la bagatelle de sept minutes, à en croire ma charmante hôtesse). La séquence d'infiltration en pleine jungle avec Naked Snake, à la mise en scène évidemment toujours parfaite, se termine par un combat contre The Boss nous permettant d'apprécier le rendu tridimensionnel de son anatomie, les modèles de personnages étant particulièrement impressionnants. Le clou est encore enfoncé avec Resident Evil, dont la qualité graphique est littéralement renversante, malgré la faible quantité d'éléments affichés et l'apparition de quelques "fantômes" sur le rendu 3D.
La présentation se termine sur les deux seuls éléments jouables, Nintendogs+Cats (mais sans les chats) et PilotWings. Le premier se présente comme un hyper-Nintendogs, pas tant par ses possibilités que par le côté kawaï de mon petit labrador magnifiquement détaillé. On s'amuse également de la reconnaissance faciale, qui lui fera suivre nos mouvements de tête ou lécher l'écran lorsqu'on s'en approche (et qu'on n'a pas de lunettes, la détection étant encore imparfaite). On fait semblant de ne pas avoir gloussé comme une gamine de douze ans, on essaie de lancer le boomerang dans la gueule du chien en faisant comprendre à l'hôtesse qu'il est franchement dommage qu'on ne puisse pas le tuer
et, notre virilité rassurée, on entame le petit jeu d'avion. Pas grand-chose à dire à son sujet, sinon que, finalement, la maniabilité n'est pas réellement impactée par la 3D, pas plus qu'elle n'est essentielle dans Nintendogs : ça reste malgré tout franchement agréable.
Nan mais sinon, comment ça rend ?
Soyons
honnêtes
, ma première surprise a été de voir à quel point l'écran fonctionne bien. La technologie sans lunettes demande forcément de se trouver dans un angle particulier face à l'écran et il faudra veiller à garder une position à peu près stable. Il y a au total trois angles qui permettent de bénéficier de la 3D : de face et approximativement 50-60° sur les deux côtés. De quoi permettre à un voisin de suivre votre jeu ou de jouer dans une position bizarre. Si l'on rabat l'écran vers soi, on perd quasi-immédiatement l'effet 3D (dédoublement de l'image), mais en faisant l'inverse, l'image reste très longtemps regardable. En terme de distance à l'écran, il y a également plusieurs distances-"type" auxquelles il faudra se trouver pour que cela fonctionne. Pas idéal lorsqu'on approche sa tête de la console pour se faire léchouiller par son mini-labrador, qui se dédouble l'espace d'un instant. On remarque cependant à l'usage que l'on adopte très naturellement la position de confort qui nous va, sans difficulté notable pour la tenir. La technologie n'est pas parfaite (on attend avec impatience le head tracking avec écran orientant automatiquement ses prismes, mais on a encore un peu de temps avant de voir ça), mais fonctionne et est tout à fait confortable et adaptée à un usage dans les transports, où les mouvements sont globalement limités.
L'appareil photo, quant à lui, fonctionne également sans problème. La "mise au point" se fait manuellement, avant et après la prise de vue. Les capteurs sont de relativement mauvaise qualité, défaut visible dans l'endroit où nous nous trouvions, sans lumière naturelle, produisant des photos fortement bruitées, comme sur un téléphone bas de gamme. En revanche, l'effet de profondeur peut être, selon le talent du photographe, particulièrement saisissant. Clairement gadget, cet appareil photo reste une très bonne idée. Qui sera encore meilleure si une mise à jour lui apporte un autofocus logiciel.
La qualité de l'effet de profondeur en lui-même dépend beaucoup du jeu. Je n'ai ressenti aucun inconfort pendant mes tests, malgré un problème de vision faisant que mes yeux tendent à trembler légèrement, à part dans les vidéos tentant de simuler les différences de focus en affichant flous des éléments très proches de
soi. Ce que j'ai pu voir m'a d'ailleurs, de manière générale, nettement plus convaincu dans sa simulation de la profondeur que du relief, peut-être plus du fait de la taille de l'écran que de la technologie en elle-même.
Même si nous en attendions énormément, cette présentation de la 3DS aura été à la hauteur de nos espérances. Techniquement impressionnante, tant par la qualité graphique que par l'effet 3D, on ne peut que l'attendre avec impatience. Des démos comme celles de MGS pour RE permettent d'espérer raisonnablement voir apparaître au fil des années de véritables tueries graphiques et on ne peut qu'avoir hâte de voir les développeurs prendre en main ce fabuleux outil qu'est le relief. Tout cela tranche notamment avec l'immaturité évidente qu'avait montrée la Wii lors de ses premières apparitions (voire après sa sortie). L'attente va être longue. Très longue.